Décès de Thierry Brener

4 octobre 2018

Thierry BRENER est décédé le 8 septembre 2018, veille de Rosh Hashanah à l’âge de 71 ans, des suites de ce qu’il convient de nommer « une longue maladie ».

Nous avons rencontré Thierry en 2015 à l’occasion d’un article de l’Express consacré aux « résistants aux 500 enfants ». Bien sur, il s’agit du réseau Marcel. Nous avions évoqué la mémoire de son père Maurice, le discret et méconnu héros de la résistance. Thierry fut un des créateurs du Club Méditerranée on le trouve d’abord « GO » (Gentil Organisateur pour les non-initiés) ; puis directeur général pour la Grande Bretagne et l’Irlande ; plus tard, à la direction générale pour la Nouvelle Zélande ; puis, directeur général des Transports Calberson ; et ensuite à la tête d’importantes sociétés ; et enfin président du SYNEG (Syndicat national d’équipement des grandes cuisines) ; c’est, en ces termes, que ce syndicat, rend hommage à son Président :

« Thierry BRENER laissera le souvenir d’un homme entreprenant et volontaire, européen convaincu, infatigable défenseur et promoteur de notre industrie, à laquelle il aura contribué à donner cohésion et unité de vue.»

En mai 2016, il est l’invité d’honneur du colloque de notre Association, à la mairie du 3° arrondissement de Paris. Son témoignage sur l’action de son père, sobre et émouvant, est une précieuse contribution à l’histoire de la Résistance en France.

Maurice Brener, malgré un sévère handicap – il avait contracté la polio dans son enfance – d’esprit délié, de caractère conciliant, fin et discret, il était un intellectuel subtil et sensible, loin de l’image du héros intrépide et valeureux. Pourquoi l’Histoire retient-elle son nom de guerre « Zazou » ? Mystère. Ni son aspect, ni son comportement ne suggère les jeunes excentriques de l ‘époque. Son attitude réservée, son aspect toujours impeccable, montraient juste le contraire. Il se sentait cent pour cent français ; ce sont les persécutions qui lui ont fait comprendre qu’il était juif.

En 1943, il fut nommé délégué pour le Sud de la France de l’American Jewish Joint Distribution Committee (plus connu sous son abréviation « Joint »). Les fonds, nécessités par les organisations juives de résistance, provenaient essentiellement de Suisse et de France. Il contactait les donateurs en leur disant : « Nous avons besoin d’argent. Nous vous demandons de nous consentir un prêt ; nous inscrivons votre nom dans nos papiers secrets, évidemment. Après la guerre, le Joint vous remboursera. » Les sommes récoltées servirent à subventionner les différents réseaux. La comptabilité était enterrée quelque part dans le Midi de la France ; et les copies en Espagne, avec les passeurs de la résistance. Qui étaient ces généreux donateurs ? Les riches, ceux qui ont pu sauver leur fortune des griffes nazies ? Non, des petites gens, des braves, des charitables. Ils donnaient de grand cœur, avec une libéralité étonnante.

Gardez en la moitié !

Après la guerre, le Joint tint parole. L’argent a même été rendu aux héritiers de ceux qui avaient disparu. Il n’y a pas eu une seule contestation. Lorsque le Joint annonça aux prêteurs que leur argent était disponible, certains bénéficiaires déclarèrent : « Gardez en la moitié !  », ébahis qu’ils étaient qu’on leur rendit avec cette précision les sommes qu’ils avaient donné.

Au début de l’occupation de la zône Sud, il participe au camouflage et à l’évacuation des résistants de Marseille vers l’intérieur, pendant les journées de la destruction du Vieux Port.

Délégué du Joint à Nice, Maurice Brener suggère à Moussa Abadi de créer un réseau de sauvetage des enfants juifs. Des affinités intellectuelles rapprochent les deux hommes. Dès le départ des Italiens, en septembre 1943, le réseau fonctionne. Le Réseau Marcel est né.

La Libération venue, Maurice Brener continua son action de secours à la population juive survivante, affamée et désemparée. Le capitaine Edward Warburg, fils et successeur du premier président du Joint lui rendit visite au siège parisien et lui conféra officiellement le titre de représentant du Joint en France. Les cantines juives de Paris furent rapidement approvisionnées. L’action de Brener à cette époque troublée fut considérable. Il obtint les fonds nécessaires à la création et au bon fonctionnement de nombreuses œuvres sociales juives. On estime à 35 000 le nombre de personnes ayant reçu une aide mensuelle régulière du Joint dirigé par Brener. L’OSE fut la plus importante bénéficiaire des subventions du Joint.

Comme le précise Annie Latour, dans son livre qui fait autorité sur le sujet (La résistance juive en France, Stock, 1970) : « ce n’est pas la première fois que le nom de Maurice Brener paraît dans notre récit : chaque fois qu’un groupe de résistance juive a besoin de fonds, on s’adresse à lui. D’abord en zône sud, plus tard à Paris ».

Voici, rapidement dessinés, les portraits du père et du fils. Le père, omniprésent dans l’histoire de la seconde guerre mondiale, au service des faibles et des opprimés, souvent au péril de sa vie, mais à qui aucun ouvrage n’a, pour le moment, été consacré.

Et le fils, personnalité attachante et érudite, et à qui nous nous reprochons de n’avoir pas consacré plus de temps. C’est sa fille, Fleur, qui nous a informé de sa disparition dans cet émouvant message :

Je suis la fille de Thierry Brener, je m’appelle Fleur.
Mon père nous a quitté Samedi, veille de Rosh Hashanah.
J’ai retrouvé dans ses affaires votre lettre concernant « le Réseau Marcel » concernant mon grand-père.
Garder en lumière le nom de ma famille me tient à coeur, si je peux vous aider, je suis a votre disposition.

 

Victor Kupeminc