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ODETTE ET MOUSSA par Robert Pouderou

Moussa

J'ai rencontré Moussa Abadi à l'époque de la publication de son livre La Comédie du théâtre. C'était au cours d'un déjeuner rue des Écoles. Ce déjeuner a été suivi de beaucoup d'autres. Et pendant des heures et des heures j'ai été sous le charme des récits, des évocations de Moussa, liés presque toujours au Théâtre. J'ai découvert le conteur, un magicien du verbe qui savait porter les mots jusqu'aux nuages. J'ai connu le président de l'aide à la création dramatique attentif aux auteurs vivants et qui m'a généreusement témoigné son estime aussi bien pour mes pièces traitant du désordre amoureux que pour celles, plus ambitieuses, qui « brisaient les silences de l'Histoire de France » comme l'a récemment écrit un critique, Gilles Costay, dans l’Avant-Scène. Enfin, j'ai connu l'homme Moussa, ses positions fermes et claires sur ce qui forge un citoyen avant tout serviteur de ses devoirs envers les autres et exigeant défenseur de leurs droits. Je n'ai jamais rien su de ses actions de résistance pendant la guerre sauf lors de nos deux ou trois derniers entretiens. Moussa ne m'a livré principalement que les moments les plus cocasses, les plus pittoresques de la vie. Sa pudeur retenait tout, il ne prenait jamais la pose.

Odette

Je l'ai rencontrée, la première fois, dans le hall du Poche Montparnasse et je me souviens de son regard d'une bienveillante curiosité. Plus tard et en plusieurs occasions, nous avons longuement échangé nos impressions sur le spectacle que nous venions de voir: Et puis, un jour; j'ai lu Terre de Détresse, un récit de sa déportation que j'ai salué avec respect et admiration par une lettre que je lui ai adressée et dont je me permets de donner ci-après un large extrait: « Toutes vos compagnes du camp m'ont touché; elles ne se composent pas une grandeur morale, elles restent le plus souvent au service de la vie la leur et celle de leurs camarades et, au cœur de l'enfer; elles sauvent l'espérance d'un monde meilleur. On devrait sortir de votre livre vidé de toute espérance, Or; j'en suis sorti réconforté: cela tient à votre manière de nous raconter avec simplicité- il faut pour cela une force de caractère exceptionnelle -ce grand voyage au bout de l'immonde que vous avez vécu avec elles, à votre façon de vous tenir; non au centre mais parmi elles et de « filigraner » votre écriture d'un tendre sourire, sourire amusé et curieux comme celui de l'enfant que vous avez préservé en vous et qui fait échec au malheur absolu. » Après la mort de Moussa, je n'ai rencontré qu'une seule fois Odette et nous avons longue ment parlé de. ..LUI, de son œuvre de conteur et de ses écrits de la fin qu'elle voulait porter à la connaissance d'un large lectorat. En juin 1999, je lui ai proposé de nous revoir avant mon départ en Périgord pour le "Festival de la Mémoire des Humbles" ; « nous nous verrons à votre retour », m'a-t-elle dit.

A mon retour, il y a eu cette annonce de son départ dans Libération, et quelques jours après, SA LETTRE avec une partie dactylographiée pour tous ses amis et une seconde partie à la plume, personnalisée, où elle me disait l'affection que Moussa me portait, et combien il appréciait mon théâtre.

Voilà, Odette. Voilà, Moussa. Encore une fois, merci de m'avoir élevé au rang de notre AMITIÉ.


Robert Pouderou a écrit soixante-douze pièces qui ont été jouées à Paris, en province, à l'étranger (notamment, Italie, Japon, Belgique, Suisse, …). Plusieurs ont été diffusées sur les ondes de Radio France et par la Radio Suisse romande — Prix Radio SACD en 2002. Il est romancier, scénariste pour la télévision et metteur en scène de théâtre. Il a créé en 1994 le festival « La mémoire des humbles » (18e édition en 2012) en Périgord. Il a également mis en scène le docu-fiction « Liberté nous Voilà ».

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